Pour que l’expérience du mouvement

S’ouvre au mouvement des ressentis,

Une aventure peu ordinaire,

Mobilise tapis et mots sans répit.

Loin d’une audace débonnaire,

L’holistique et l’écriture se rencontrent,

Là où l’Etre et lettres se relient,

Là où le corps s’équilibre… sur la pointe des mots.

1 – Un parcours

texte de Agnes Beaumont

A titre personnel, j’ai pratiqué la sophrologie, l’eutonie, durant de nombreuses années[1]. Des disciplines qui s’appuient sur la relaxation, l’attention au corps, la respiration, la concentration, la suggestion. Ce fut l’expérience du relâchement mental et physique.

J’ai pu aussi expérimenter d’autres approches corporelles, dont : le QI Qong, le Yoga, la danse méditative, la méditation… Autant d’approches qui, dans leurs différences dans la maîtrise du souffle, m’ont apporté un certain état de conscience, me rapprochant d’une hygiène de vie et me préparant à mieux gérer d’éventuelles situations de stress du quotidien.

Depuis 2014, je découvre la pratique de la gymnastique holistique[2]. En acceptant d’accompagner de futurs praticiens en formation pour la rédaction de leur mémoire, j’ai accepté de me « mettre au tapis ». C’est un peu comme si je réorganisais les morceaux d’un puzzle. Celui de mon schéma corporel. Petit à petit, un travail en profondeur agit sur toutes mes structures. Corps et âme associés. J’y reviendrai.

Sur le plan professionnel, il fallait bien choisir. Entre créatrice de vêtements ou ergothérapeute, je suis devenue formatrice en travail social où la communication orale domine. Mais l’écriture a conservé une place essentielle dans ma vie professionnelle et personnelle.

Au fond, je peux être séduite par la fluidité d’un tissu, les détails de la structure de sa trame, l’harmonie de ses coloris, tout comme je peux l’être par la légèreté d’un mouvement de danse improvisé, l’inaccessibilité d’un rythme maîtrisé tel que celui du Butô, ou encore dans un autre registre, le tissage des mots, la découpe des phrases, le droit fil d’un texte.

Ce qui m’amène à l’écriture et à la pratique de la g.h.

Mes expériences d’accompagnement à la relation d’aide en demande sociale ont longtemps été mes appuis pédagogiques. Ces expériences m’ont montré combien le rapport à l’écriture est un rapport singulier. Aujourd’hui, pour une partie des praticiens en formation[3] comme pour beaucoup d’adultes, je constate qu’il peut être chargé de tensions d’origines diverses. Très souvent le contexte scolaire reste prégnant avec une empreinte limitante pour rendre vivant le « désir d’écrire ».

Pendant plus de 20 ans, en m’occupant d’étudiants[4] démunis devant leurs craintes ou leurs doutes à réussir le passage à l’écrit, je m’intéressais aux supports d’aide à l’écriture, à l’articulation des idées, à la structure d’un écrit. Et par-dessus tout, mon aide consistait à initier leur désir d’écrire et ainsi risquer un besoin d’Etre.

Pour cela, je m’intéressais au plaisir d’écrire par delà leur contexte d’examen contraignant. J’invitais aussi au dépassement de soi, selon les possibles de chacun, pour investir un positionnement professionnel. Asseoir leur identité et leur éthique de praticiens.

Alors, à de nombreuses reprises avec les étudiants, nous avons mesuré combien « tout est langage », comme disait Françoise Dolto. Elle voulait dire par là qu’il n’y a pas que le langage des mots, mais aussi le langage du corps, le langage des actes et le langage des gestes.

Très souvent, il y a un malaise à parler ou à entendre parler du corps. Notre éducation revient au cœur de ce malaise. Parler du corps « touche » quelque chose de profond en nous.

A ce sujet, l’expérience auprès des travailleurs sociaux est précieuse. J’ai pu repérer que parler du corps inspire la prudence, parfois la méfiance. La relation au corps peut même être vécue comme une menace.

Je m’explique. Le corps est d’abord saisi par ce qu’il laisse voir. En cela, il peut engendrer la vigilance du professionnel qui devient « gardien des excès du corps » défiant ou éclairant la parole du client. En effet, la manière de s’exprimer n’est pas seulement « du dit » mais associée au comportement du corps. Dans certaines situations, il s’agit même de contenir et retenir le corps.

Les professionnels Travailleurs sociaux se sentent souvent démunis devant des « corps insaisissables », se manifestant par de multiples réactions : mouvements de bras et de mains, mimiques faciales, rires défensifs, silences agités … qui émergent dans l’espace relationnel.

Mais, le professionnel peut tout aussi être « gardien des excès de parole » du client, parce que, entre voir et dire se crée un lien. Ainsi donc, voir, percevoir, parler le corps sont incontournables, éloquents dans la relation d’aide sociale.

L’intuition d’un rapport étroit entre le corps et les mots se confirme.

Entre « ce qui est dit » et « ce qui n’est pas dit », l’approche des formes de langages reste essentielle pour accompagner les praticiens en g.h. dans un premier temps pour la production de leurs mémoires et, par la suite, pour intégrer une posture professionnelle « éclairée ».

Une approche primordiale introduisant des questionnements à étayer.

 Agnès Beaumont.

Décembre 2020.

 [1] De 1989 à 2013, avec des interruptions selon les périodes de ma vie.

[2] Gymnastique Holistique ( g.h.) avec Jackie Labadens.

[3] Praticiens en formation gh : ostéopathes, kinésithérapeutes, podologues…

[4] Etudiants en formation de Conseiller en Economie Sociale Familiale par le CNED

prochaine parution :  » des questionnements « 

Cet article est le premier d’un ensemble de textes dont voici le sommaire:

1 – Un parcours

2 – Des questionnements

3 – Un rituel

4 – Des consignes

5 – Un processus

6 – Des hypothèses

7 – Une force inspirante

8 – Un déjà là

9 – Des frontières

10 – Un positionnement de chercheur

prochaine parution :  » Des questionnements »

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